« Petites lignes, grandes causes » mais ça dépend pour qui !

« Petites lignes, grandes causes » : comment ne pourrait-on pas souscrire à cet appel à la mobilisation lancé par Carole Delga, présidente de la Région Occitanie en faveur des lignes secondaires de chemin de fer ?

« Le ferroviaire est un pilier du plan d’action régional pour le développement des territoires et la lutte contre le réchauffement climatique. C’est bon pour la planète et le pouvoir d’achat. Nous devons gagner cette bataille du rail », clame-t-elle encore . Autant de paroles qui sonnent d’or à l’oreille de ses concitoyens et qui valent bien qu’on la prenne aux mots. D’autant plus qu’elle les  met, a priori, aussitôt en acte puisque le 22 juin, en grandes pompes, a été fêtée la réouverture de la ligne de chemin de fer Montréjeau-Luchon, édifiée en 1873 et  fermée depuis 10 ans pour cause d’inondation.

La promesse de rouvrir cette ligne a donc été tenue, se félicite la présidente de Région. Et avec elle, les curistes qui pourront désormais se rendre en quelque 30 minutes à la station thermale de Luchon au lieu de subir un parcours de 2h30 en autocar, le tout pour un prix modique , les commerçants de cette même ville qui voient dans ce retour du train une autre promesse de dynamiser les affaires et plus globalement, les citoyens de Montréjeau et de Luchon qui plébiscitent ce retour du train. « Rouvrir la ligne Montréjeau-Luchon, c’est une fierté ! Parce qu’en Occitanie, nous refusons les injustices territoriales ». Madame la présidente de Région sait avoir le verbe haut, ce dont nous ne pouvons que nous féliciter. Et elle l’assure : « cette ligne n’est que le début d’une contre-offensive ferroviaire ». Nom d’un chien !

Voilà encore des paroles de la présidente de Région aussi fortes que précieuses. Mais elle ajoute aussitôt :  « donnons la priorité au ferroviaire là où c’est possible ». Et c’est là que les choses se gâtent. Car faudrait-il donc, alors, comprendre que certaines petites lignes, parce qu’elles desservent une station thermale, ressemblent, à s’y méprendre, à une « grande cause », réparant ces fameuses « injustices territoriales » et que d’autres petites lignes, qui auraient permis, par exemple, de relier, à nouveau, ce qui était le cas depuis 1886, et ce jusqu’à la fin des années 80, les deux plus grandes villes du Lot, soit Cahors et Figeac, ne relèvent pas du registre des « grandes causes », établi par Carole Delga et sont condamnées au déferrement pour  devenir une voie verte cyclable, au service d’un seul enjeu touristique. Et au détriment de populations qui n’ont d’autres choix que de subir « les injustices territoriales » que Madame la Présidente de Région se complait pourtant à dénoncer.

Alors, que, depuis des années, elle a refusé de soutenir la remise en service de cette ligne. Sans doute, ne voulait-elle pas contrarier ce réseau lotois d’élus, largement acquis à sa cause , et entièrement dévoué à celle-ci, qui a créé, en 2020, un syndicat mixte des voies vertes du Lot (La Dépêche, 17 janvier 2020), en mobilisant 45 millions d’euros sur 10 ans mais avec des retombées économiques attendues estimées à 20 000, voire 25 000 euros par kilomètre de voie verte. Excusez du peu ! D’autant plus, si l’on en croit les propos de ces mêmes élus, cités dans la Vie Quercynoise du 18 juillet 2024,  il s’agit pour eux, « d’un projet phare auquel ils travaillent d’arrache-pied pour le concrétiser en dépit des opposants ».

Les séniors, mais aussi les plus jeunes, pourront donc prendre leur vélo et emprunter la fameuse voie verte, surtout par ces temps de canicules, pour se rendre de Figeac à Cahors, et réciproquement  et vaincre ainsi « les injustices territoriales » dont ils sont victimes ! Réhabiliter cette ligne de chemin de fer aurait pourtant suffit à les réparer. Mais qu’à cela ne tienne : « Petites lignes, grandes causes » est aussi le nom de la pétition que Carole Delga a lancé sur le site de la Région afin d’appeler l’Etat à investir dans le ferroviaire et de « sauver » 1000 km de rail en Occitanie. Elle veut en faire une mobilisation citoyenne et transpartisane. « Go, go sur le rail » : un mot d’ordre crié sur les ondes de RCF, le 17 juin 2025.

« Nous devons donner une priorité aux mobilités et dans ces mobilités, la priorité doit être donnée au ferroviaire même si nous avons aussi besoin d’infrastructures routières ». Ah ! oui, c’est vrai. Il y a aussi l’A 69. Et  dont, rappelons-le, le projet a été disqualifié par le Tribunal administratif de Toulouse, faute de nécessité impérieuse à le réaliser et d’atteintes irrémédiables à l’environnement.

Les Farouches Insoumis

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