Delga la contorsionniste

Y en a qui ne manque pas de toupet, de culot ou pourrait-on dire d’audace si ce n’était pas tout  simplement de purs hypocrites, de politicards aux tous petits pieds, prêts à toutes les contorsions et retournements de veste. Et Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, en la matière, se pose un peu là. Ne voilà-t-y pas qu’elle déclare, tout tranquillement, à l’antenne d’Ici Occitanie, le 3 septembre 2026, à quelques semaines de la mise en service totale de l’A69, entre Toulouse et Castres : « si j’avais été présidente de la République en 2010, j’aurais décidé d’aménager la voie existante ». On croit rêver. Mais comme elle le dit si bien, avec ce sens inné de la formule dont elle a le secret : « avec des si, on refait le monde ». Non mais c’est vrai, sans blague. Et de réaliser une nouvelle pirouette (cacahuète), une cascade ô combien périlleuse mais tout aussi vertigineuse : « Martin Malvy (ancien président de la région Midi-Pyrénées) comme moi-même, nous l’avons toujours soutenue (l’A69) parce qu’il n’y avait pas d’autre décision ». Vous aviez été prévenus : l’acrobatie était risquée. Et comprenne qui peut entre ces deux déclarations, quelque peu contradictoires, mais nul doute que Carole Delga est une grande contorsioniste.

Et peut-être cherche-t-elle à faire oublier quelques déclarations enthousiastes en faveur de ce grand projet inutile, au moment où elle apporte son soutien tout aussi enthousiaste à Raphaël Glucksmann, qui se présente comme « le président de la transformation écologique » (Le Monde, 3 septembre 2026). Alors, évidemment, dans ces conditions, avoir promu l’avènement de l’A 69, ça fait tâche.

Pourtant, Carole Delga n’y allait pas avec le dos de la cuillère à pot pour dire tout le bien qu’elle pensait de ce projet autoroutier. Mediapart (4 juillet 2025) rappelait que Carole Delga « est l’une des principales voix de gauche qui défend le projet d’autoroute A69, assumant le risque de diviser au sein du camp progressiste et écologiste au nom d’un geste envers les habitants qui se sentent isolés, méprisés, abandonnés ». Même devant un collectif de scientifiques, le 11 octobre 2023, qui l’alertait sur le dérèglement climatique et la nécessité d’une bifurcation écologique, elle affirmait que l’A69 était nécessaire, dans un communiqué de presse publié par la Région Occitanie. Quant à Thomas Brail, fondateur du Groupement National de Surveillance des Arbres, en entendant ce changement de position de Carole Delga sur les ondes d’Ici Occitanie, il a indiqué : « sachez Madame Delga que les bras m’en tombent », lui qui avait engagé, avec d’autres opposants à l’A 69, une grève de la faim. Et de lancer : « retourner sa veste avant l’élection présidentielle, je trouve ça assez regrettable ». Avant d’ajouter : l’Histoire, Madame Delga, elle s’écrit tous les jours. Et l’Histoire, pour vous, Madame Delga, elle va être très triste, en fait. Parce que vous savez, ce qui se passe, c’est qu’à un moment donné, on ouvrira des livres et les générations futures, elles sauront ce qui s’est passé ».

Mais Madame Delga n’en a cure de l’Histoire et des générations futures. Elle conjugue l’avenir à court terme et guère au-delà des élections régionales de 2028. Poursuivant ses exercices de gymnase virtuose, sans être à une nouvelle contradiction près, elle tente de faire évoluer, voire de faire oublier, dans son discours, ses prises de position en faveur de cette autoroute devenue un sujet particulièrement clivant en Occitanie.

Mais attention, Madame Delga, la ficelle autour de laquelle vous vous entraînez, devient  un peu trop grosse. Alors tant que vous y êtes, continuez à jouer à la voltigeuse et remettez en cause le projet de la LGV Toulouse-Bordeaux, un autre de ces grands projets inutiles à l’heure du dérèglement climatique.

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